Héritier des impressionnistes, sensible aux atmosphères changeantes de toutes sortes de paysages, il est le peintre des arbres en fleurs. Si son écriture picturale s’essaie, par curiosité, à plusieurs styles marquants de la fin du XIXe siècle, il inscrit la plus grande partie de son œuvre dans la mouvance post-impressionnistes.

Jeunesse : la découverte de l'impressionnisme

Né dans une famille aisée, Thibésart a le luxe de faire de la peinture sa vie, sans avoir à se préoccuper d’en vivre. Son talent n’en est pas moins véritable. Dès son enfance, il dessine avec virtuosité, et à la faveur d’un déménagement de sa famille à Enghien, il fait la connaissance d’Émile Boggio, peintre impressionniste vénézuélien qui devient son professeur et son ami.

Après son éducation au lycée Rollin, à Paris, il rejoint l’École des Beaux-Arts de cette même ville en 1894, fréquentant occasionnellement l’Académie Julian. Contemporain du Symbolisme, il est y sensibilisé et l’influence du mouvement a quelques échos dans ses premières œuvres.

Pourtant, peu à peu, Thibésart travaille une approche moins fragmentée de la touche impressionniste et entreprend une recherche d’unité tonale. Là où ses prédécesseurs avaient ouvert la voie à une décomposition de la lumière, il privilégie une recomposition sensible, souvent enveloppante, qui tend vers une forme de synthèse atmosphérique. Cette orientation le rapproche davantage de certains naturalistes tardifs que des avant-gardes de son temps, auxquelles il demeure volontairement étranger.

Raymond Thibésart, une formation riche

Dans les toutes premières années du XXe siècle, Thibésart fait construire une maison une maison sur les bords de Seine, à quelques pas de celle de son ami Boggio, à Vaux-sur-Seine. Ensemble, ils parcourent les paysages des alentours de Paris et entreprennent de nombreux voyages d’étude. L’Italie, la Belgique, la Corse, les paysages et les saisons défilent, saisis par Thibésart dans des pastels vibrants.

Une fois de retour dans son atelier des bords de Seine, ces dessins inspirent de grands formats peints à l’huile qui ne perdent rien de la spontanéité et de la luminosité des pastels.

Son œuvre se caractérise par une prédilection pour les paysages de rivière, les sous-bois et les scènes de jardin. La Seine, l’Oise ou encore les étangs sont des motifs récurrents. Le spectateur y suit l’exploration patiente et douce de la lumière, de ses mouvements, des reflets et des transparences. Thibésart excelle dans le rendu des feuillages et des miroitements aquatiques, obtenus par des superpositions subtiles de glacis et une palette nuancée, souvent dominée par des verts profonds ou primesautiers, des bleus assourdis ou éclatants, des ocres délicats et des lilas veloutés.

Raymond Thibésart (1874 - 1968), Le jardin botanique de Funchal, Madère, vers 1920-1930
Raymond Thibésart (1874 - 1968), Le jardin botanique de Funchal, Madère, vers 1920-1930
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Postérité

Longtemps resté en marge des grandes narratives modernistes, il est longtemps resté dans l’ombre des impressionnistes du XIXe siècles et des contemporains du début du XXe siècle. Cette discrétion lui est aujourd’hui favorable. Les collectionneurs avertis le redécouvre petit à petit avec bonheur. Son œuvre cohérente est encore accessible. Sa manière identifiable et paisible attire par sa sérénité, son dédain presque palpable de la reconnaissance et sa vie entièrement vouée à la peinture composent un caractère affirmé, talentueux et unique.

Les œuvres de maturité, en particulier celles exécutées entre les années 1910 et 1930, concentrent l’essentiel de la demande : elles témoignent d’un équilibre abouti entre construction et sensibilité, avec une maîtrise technique pleinement affirmée.

Raymond Thibésart (1874 - 1968), Le jardin botanique de Funchal, Madère, vers 1920-1930
Raymond Thibésart (1874 - 1968), Le jardin botanique de Funchal, Madère, vers 1920-1930

Les adjudications montrent une régularité encourageante, avec une valorisation progressive des pièces les plus abouties, notamment les grands formats et les compositions les plus lumineuses. Enfin, l’intérêt croissant pour les artistes « de transition », ni tout à fait impressionnistes ni tout à fait modernes, contribue à donner à Thibésart une place à part entière dans une histoire de l’art plus nuancée. Son œuvre contemplative repose et rassure, épouse la modernité sans la rendre abstraite. Ses grands formats, lumineux, dépaysants et parfaitement maîtrisés sont l’occasion d’acquérir un petit maître qui pourrait bientôt avoir l’étoffe d’un grand.

L'auteur, pour la Maison Pipat :


Marielle Brie de Lagerac

Marielle Brie de Lagerac est historienne de l’art pour le marché de l’art et de l’antiquité et auteur du blog « Objets d’Art & d'Histoire ».

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