Héritier d’une tradition familiale, car il est le neveu de Lambert-Sigisbert Adam (1700 – 1759), élève du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle (1714 – 1785), il est formé comme il se doit à l’Académie royale de peinture et de sculpture, de laquelle il est lauréat du prestigieux Prix de Rome en 1759.
L'influence classique
Naturellement, son voyage à Rome marque durablement son langage plastique. Il réalise notamment de petits sujets en terre cuite qui plaisent beaucoup aux amateurs, mais ne s’en tient pas là. Le duc de La Rochefoucauld lui passe commande, en 1766, d’un groupe en marbre tandis qu’il signe, en 1768, une Vestale pour la Grande Catherine. Inspiré et fidèlement nourri de références antiques et d’une sensibilité décorative héritée du baroque tardif, il prolonge son séjour jusqu’en mars 1771, au-delà des trois ans alloués par le Prix de Rome.

Clodion développe un art immédiatement reconnaissable, caractérisé par une virtuosité technique exceptionnelle et une inventivité iconographique centrée sur les thèmes bachiques, mythologiques et pastoraux. Nymphes dansantes, satyres malicieux, bacchantes enivrés peuplent un univers où le mouvement et la sensualité dominent. Son matériau de prédilection, la terre cuite, lui permet une liberté d’exécution et une spontanéité que le marbre, plus contraignant, ne saurait offrir avec autant de fraîcheur. Cette maîtrise du modelé confère à ses œuvres une vibration particulière, faite de souplesse et de légèreté.
Un sculpteur convoité
Dans les années 1770, le voici de retour en France. Son succès auprès de la clientèle aristocratique est rapide qui aime chez Clodion ce style à la fois érudit et décoratif. Talentueux et efficace aussi bien dans les arts décoratifs que dans l’architecture, il réalise d’importants bas-reliefs pour l’architecte Alexandre-Théodore Brongniart (1739 – 1813).

En 1778, il réalise un portrait de Montesquieu assis, destiné à prendre place dans la Grande Galerie du Louvre, honorant les Grands hommes de la France. En 1782, il façonne une frise de stuc pour la cour de l’hôtel de Bourbon-Condé et un décor pour la salle de bains de l’hôtel de Besenval.
Ainsi, dans tous les domaines de la sculpture, il participe pleinement à l’esthétique rocaille tardive, tout en anticipant, par certains aspects, un retour au goût de l’antique. Cette position intermédiaire explique en partie sa longévité artistique : loin d’être éclipsé par le néoclassicisme triomphant de figures comme Antonio Canova, Clodion poursuit une production cohérente, adaptée aux commandes privées et aux arts décoratifs.
Clodion après la Révolution
La Révolution française constitue un tournant, mais non une rupture. Contrairement à de nombreux artistes liés à la cour, il parvient à maintenir son activité en s’orientant vers une production plus intime, souvent destinée à une clientèle bourgeoise émergente. Cette capacité d’adaptation renforce aujourd’hui l’intérêt de son œuvre pour le marché : elle offre une diversité de formats et de sujets, allant de petits groupes en terre cuite à des compositions plus ambitieuses, en passant par de nombreuses éditions en bronze.

Pour les antiquaires et collectionneurs, Clodion représente une valeur sûre du XVIIIe siècle français. Les terres cuites originales, en particulier celles présentant une belle patine et une provenance établie, sont les plus recherchées. Leur attrait réside dans leur caractère souvent unique ou produit en très petite série, ainsi que dans la lisibilité immédiate de la main de l’artiste. Les fontes en bronze, parfois postérieures, doivent quant à elles être examinées avec attention : leur qualité dépend étroitement de la date de tirage et de la fidélité au modèle original.

Le marché de ses œuvres aujourd’hui se distingue par une relative stabilité, soutenue par une demande constante d’amateurs d’art classique. Les prix varient fortement selon la qualité d’exécution, la taille et la provenance, mais les belles terres cuites atteignent régulièrement des adjudications significatives, notamment dans les ventes parisiennes et internationales. Pour un collectionneur, l’acquisition d’une œuvre de Clodion constitue à la fois un plaisir esthétique et un investissement raisonné, reposant sur un artiste solidement inscrit dans l’histoire de la sculpture française.

Au-delà de sa valeur marchande, Clodion incarne une certaine idée du goût français : un équilibre entre érudition antique et fantaisie décorative, entre maîtrise technique et liberté d’invention. Ses œuvres, par leur charme immédiat et leur raffinement, continuent de séduire un public exigeant, en quête d’objets à la fois historiques, décoratifs et de caractère.
L'auteur, pour la Maison Pipat :
Marielle Brie de Lagerac est historienne de l’art pour le marché de l’art et de l’antiquité et auteur du blog « Objets d’Art & d'Histoire ».
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